L’Ambassadeur d’Haïti en Italie s’est entretenu avec «Nova»

L’Ambassadeur d’Haïti en Italie, Gandy Thomas, qui a pris ses fonctions en mai après avoir occupé le poste de représentant d’Haïti auprès de l’OEA à Washington, s’est entretenu avec « Nova » au sujet du renforcement des relations entre les deux pays. Il convient notamment de noter qu’Haïti a élevé sa mission diplomatique à Rome au rang d’Ambassadeur à part entière pour la première fois depuis près de 20 ans, une décision motivée par l’intérêt manifeste de l’Italie à contribuer à la résolution de la crise que traverse actuellement Haïti. Les relations entre les deux nations remontent à près de deux siècles, l’Ambassadeur évoquant des liens historiques tels que l’inhumation de la reine Marie-Louise d’Haïti à Pise.

Un plan stratégique conjoint

Au cœur de la conversation figure un « plan stratégique » élaboré conjointement, couvrant non seulement la sécurité, mais aussi l’agriculture, l’éducation, l’énergie et la culture. L’Italie est considérée par le gouvernement haïtien à la fois comme un allié de confiance et un « porte-parole » clé au sein de l’Union européenne et des Nations unies. L’Ambassadeur a décrit l’Italie comme un pays qui « sait voir des opportunités dans le chaos » et qui est resté engagé aux côtés d’Haïti sans attendre que la crise s’apaise.

Parmi les projets de coopération concrets déjà en cours figurent la restauration d’une centrale hydroélectrique située à 60 kilomètres de Port-au-Prince, des projets de développement agricole menés par l’intermédiaire de l’Organisation internationale italo-latino-américaine (IILA), ainsi que des échanges culturels, notamment une semaine de la culture italienne prévue pour le second semestre 2026.

Coopération en matière de sécurité

L’Italie est décrite comme un « partenaire naturel » et un « allié précieux » dans le secteur de la sécurité, saluée pour sa capacité à allier expérience et pragmatisme. La coopération vise principalement à renforcer les forces de sécurité haïtiennes par le biais de la formation, des échanges techniques, du partage de renseignements, de la protection civile et de la prévention de la violence urbaine. L’Ambassadeur n’a pas exclu une implication directe des forces de l’ordre italiennes, telles que les Carabinieri. Il est important de noter que l’Ambassadeur a souligné que le soutien italien est de nature à « élever une nation en la rendant plus autonome et non plus dépendante », dans le respect constant de la souveraineté haïtienne.

Défis et opportunités économiques

Haïti connaît une croissance économique négative depuis des années, une situation aggravée par des pressions extérieures, notamment les droits de douane américains et le retrait de l’USAID, qui avait joué un rôle humanitaire important et dont le départ a entraîné la fermeture de nombreux programmes. Malgré cela, l’Ambassadeur a mis en avant plusieurs atouts structurels : la proximité d’Haïti avec le marché américain (à un peu plus d’une heure d’avion de Miami), une population jeune dont 60 % ont entre 15 et 25 ans, et une diaspora forte et économiquement importante.

L’Ambassadeur a souligné que la relance ne nécessite pas seulement de l’aide, mais aussi de véritables investissements, et s’est déclaré favorable aux partenariats public-privé (PPP) en tant que modèle de développement essentiel. Des réunions avec les chambres de commerce italiennes et des actions de sensibilisation par l’intermédiaire des cinq consulats honoraires d’Haïti en Italie sont prévues après l’été.

Feuille de route politique et crise des gangs

Les élections restent une priorité déclarée pour 2026, le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Premier ministre par intérim œuvrant activement à la réalisation de cet objectif. Cependant, l’Ambassadeur a reconnu que le processus serait lent compte tenu de la gravité de la situation sécuritaire. Les gangs, qui contrôlent des parties importantes du pays et revendiquent un rôle politique, sont clairement qualifiés de « criminels qui terrorisent la population » et constituent la plus grande « menace existentielle » pour Haïti.

Le gouvernement applique une politique de « tolérance zéro » et a officiellement demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de transformer la mission actuelle de soutien à la sécurité en une force de maintien de la paix à part entière, une force de « casques bleus », dotée d’un mandat clair et solide. Haïti a également demandé que les gangs soient désignés au niveau international comme des organisations terroristes.

Relations régionales et internationales

Sur la scène internationale, l’Ambassadeur a abordé les relations complexes d’Haïti avec ses principaux partenaires. Concernant la France, Haïti va au-delà des excuses déjà présentées par le président Macron pour la dette historique qu’Haïti a été contraint de payer pour sa propre libération, exigeant désormais une restitution financière, estimée par les économistes à plusieurs milliards de dollars. Avec la République dominicaine, l’Ambassadeur a appelé au dialogue et au développement partagé, décrivant les deux nations comme « les deux ailes d’un même oiseau ».

Concernant les États-Unis, l’Ambassadeur a souligné les liens historiques et géographiques profonds et a noté que l’Ambassade d’Haïti à Washington s’efforce activement de sensibiliser l’opinion publique à la situation du pays.

Tout au long de son intervention, l’Ambassadeur a fait preuve d’un optimisme prudent : grâce à de bonnes politiques, à une sécurité renforcée et à une stratégie claire pour attirer les investissements étrangers, il estime qu’Haïti peut se relever et se construire « un avenir prometteur ».

Laisser un commentaire

Retour en haut